Emprise/Manipulation, Entrepreneuriat

Le coaching est-il dangereux ? | Julie Arcoulin

dérives du coaching

Le coaching : un danger en 2026 ?

Le coaching est-il devenu un problème ? Un danger ? Une pratique à surveiller de près, voire à fuir ? La question revient avec insistance. Elle circule dans les médias, sur les réseaux sociaux ou encore dans les conversations professionnelles. Et elle s’est récemment invitée dans le débat public avec la sortie du film “Gourou” qui met en scène les dérives extrêmes d’un coaching flirtant dangereusement avec l’emprise et la manipulation.

De mon côté, cela fait quinze ans que je suis coach. Et cela fait quinze ans que j’entends des critiques sur ce métier. Le coaching servirait le capitalisme. Il promettrait l’épanouissement personnel tout en renforçant les logiques de productivité. Il serait individualiste, dépolitisant, parfois naïf et même dangereux. Une pratique qui valorise la réussite individuelle au détriment du collectif et qui ferait porter aux individus la responsabilité de s’adapter à des systèmes parfois violents ou profondément déséquilibrés. Ces critiques ne datent pas d’hier. Mais elles semblent aujourd’hui trouver un nouvel écho…

Coaching et capitalisme : une critique récurrente

Le lien entre coaching et capitalisme est au cœur de nombreuses analyses. Le coaching est souvent présenté comme un outil d’ajustement : aider les individus à mieux fonctionner dans un système qui, lui, ne se remet pas fondamentalement en question.

Dans cette lecture critique, le coaching accompagne la transformation des injonctions économiques en défis personnels. Là où il y a surcharge, on parle d’organisation personnelle. Là où il y a souffrance au travail, on parle de manque de confiance. Là où il y a contradictions structurelles, on parle de mindset.

Le risque est bien identifié : individualiser des problématiques collectives et transformer des contraintes systémiques en failles personnelles à corriger.

Le coaching est-il individualiste ?

Autre reproche fréquent : le coaching serait une pratique profondément individualiste. Il valoriserait l’autonomie, la responsabilité personnelle, la performance individuelle, parfois au détriment de toute lecture sociale ou politique.

Dans un monde du travail de plus en plus instable, le coaching peut alors apparaître comme une réponse séduisante : apprendre à tenir, à s’adapter, à rester performant, coûte que coûte. Une reconnaissance individuelle qui, en creux, sert les intérêts de la productivité.

C’est précisément à cet endroit que la critique devient intéressante. Non pas pour rejeter le coaching en bloc, mais pour s’interroger sur ce qu’on lui fait porter.

Le film Gourou et la peur des dérives

Depuis le succès du film Gourou, le coaching est sur toutes les lèvres. Le mot « gourou » convoque immédiatement l’imaginaire de la secte, de l’emprise mentale et de la manipulation émotionnelle.

Le film pose une question frontale, que beaucoup se mettent aujourd’hui à formuler explicitement : le coaching est-il une porte d’entrée vers des dérives sectaires ?

Cette question mérite d’être prise au sérieux. Certaines pratiques existent bel et bien. Promesses de transformation totale, discours absolus, figures d’autorité charismatiques, isolement progressif des personnes accompagnées… Ces dérives ne relèvent pas de la fiction !

Mais là encore, le danger n’est pas le coaching en soi. Il réside dans l’absence de cadre, dans la confusion des rôles, dans la toute-puissance accordée à certaines figures et dans des pratiques qui refusent toute mise en perspective critique.

Un peu d’histoire : comment le coaching s’est-il imposé ?

À l’origine, le coaching est d’abord réservé aux cadres dirigeants. Il emprunte largement ses méthodes au sport de haut niveau où l’entraîneur accompagne la performance, la stratégie et la préparation mentale.

Progressivement, ces outils sont transposés au monde de l’entreprise, puis diffusent bien au-delà. Le terme « coach » se popularise, d’abord dans le sport, avant de s’étendre à de multiples domaines : coaching de vie, parental, scolaire, relationnel, etc.

Le coaching se décline alors à toutes les sauces !

Contrairement aux professions réglementées comme les médecins ou les avocats, les coachs ne s’appuient pas sur des qualifications étatiques ou un ordre professionnel unique. Leur légitimité se construit principalement sur le marché : réputation, bouche-à-oreille, expérience client, etc.

C’est précisément cette absence de cadre strict qui ouvre à la fois des espaces de liberté… Et des zones de flou.

La vraie question : comment, depuis où et au service de quoi ?

Pour moi, la vraie question n’a jamais été de savoir si le coaching était « pur » ou non. La vraie question est celle-ci : comment le pratique-t-on, depuis quel endroit et au service de quoi ?

Je ne crois pas au coaching qui isole les individus. Je ne crois pas au coaching qui fait comme si tout dépendait uniquement de la volonté personnelle, du mindset ou de la capacité à “s’aligner”. Je ne crois pas non plus à l’idée qu’il suffirait de changer de regard pour que la réalité devienne soudain plus douce et que tout devienne possible.

Le contexte comme point de départ

Les femmes que j’accompagne vivent dans une société donnée. Avec ses injonctions, ses normes, ses attentes parfois impossibles, sa charge mentale diffuse et ses formes de violence ordinaires.

Dans mon approche, le contexte n’est jamais un détail. Il est central !

Le coaching, tel que je le conçois, n’est pas là pour individualiser à outrance ce qui relève aussi du social, du politique, du systémique. Il est là pour remettre du discernement là où on a appris à se blâmer.

Pour rappeler que non, ce n’est pas “juste” une question de confiance en soi. Et que non, il ne suffit pas de vouloir très fort pour que tout se réorganise.

La question n’est peut-être pas tant de rejeter le coaching, mais de s’interroger sur les conditions qui le rendent nécessaire. Pourquoi tant de personnes ressentent-elles aujourd’hui le besoin d’un accompagnement extérieur pour tenir, décider, s’orienter ou simplement respirer dans leur travail ?

Que dit ce phénomène de l’organisation de nos entreprises et de notre société ?

Entre outil d’émancipation et instrument de normalisation, le coaching agit comme un miroir des contradictions du capitalisme contemporain. Un système qui exige à la fois conformité et créativité, autonomie et obéissance, performance et bien-être.

Des tensions que chaque individu est désormais sommé de résoudre et, de préférence, avec le sourire.

Reprendre du pouvoir sans porter seule le poids du système

Coacher, pour moi, c’est accompagner quelqu’un à reprendre du pouvoir sans lui faire porter seule le poids du système. C’est tenir ensemble deux réalités : celle des contraintes et celle des choix possibles.

Sans simplifier. Sans nier. Sans opposer.

C’est offrir un espace où la fatigue n’est pas un échec personnel. Où le doute n’est pas un manque de solidité. Où l’on peut penser sa vie, son travail et son ambition autrement que sous la pression permanente de devoir “aller mieux” ou “faire plus”.

Ma conclusion…

Le coaching n’est pas une solution magique ! Il ne remplace ni les luttes collectives, ni les transformations structurelles nécessaires. Il ne sauve pas le monde.

Mais pratiqué avec éthique, avec conscience et avec une vraie profondeur, il peut être un lieu de ré-ancrage. Un lieu où l’on cesse de se croire défaillante, justement parce qu’on repolitise l’espace. Et où l’on retrouve de la marge, du souffle, de la clarté.

C’est ce coaching-là que je pratique depuis quinze ans. Et c’est celui que je continuerai de défendre.

Même quand il dérange… Surtout quand il dérange !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *