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L’impact du système sur les femmes | Julie Arcoulin
L’impact du système sur les femmes : pourquoi est-ce si épuisant de “tenir” ?
Il y a une fatigue dont on parle peu. Une fatigue qui ne vient pas seulement du travail, ni de la vie perso, ni même de la charge mentale prise isolément, mais de tout ça à la fois. Du fait d’être une femme dans un système où, en couple, en famille ou seule, il faut toujours faire plus, mieux, autrement et surtout, sans trop le montrer ! C’est une fatigue invisible, mais permanente. Celle qui pousse à s’ajuster en permanence, à douter, à se remettre en question avant même d’agir. Celle qui s’infiltre partout, jusque dans les moments qu’on s’accorde pour soi. Parce que même là, la culpabilité n’est jamais très loin…
Comment l’impact du système sur les femmes nourrit-il la culpabilité ?
La culpabilité est devenue un bruit de fond constant. Culpabiliser de ne pas travailler assez ou de travailler trop. De gagner de l’argent ou de ne pas en gagner assez. Culpabiliser d’en vouloir plus. De ne pas être assez présente. Pas assez stratégique. Pas assez alignée. Pas assez disponible. Pas assez parfaite. Culpabiliser de ne pas répondre à tous les messages. De ne pas poster assez. De ne pas être “comme il faut”. Bref… Culpabiliser pour tout !
Et dans la sphère personnelle, le même mécanisme continue. Culpabiliser de vouloir être libre. De ne pas être une “bonne mère”. De réussir. De ne pas rentrer dans les cases…
Cette culpabilité est un poison lent. Elle épuise. Elle grignote l’espace intérieur. Elle empêche de respirer pleinement dans ce qu’on fait, dans ce qu’on choisit et dans ce qu’on construit.
Ce qui rend cette culpabilité si violente, c’est qu’elle n’est jamais totalement visible. Elle ne fait pas de bruit, mais elle tourne en boucle. Elle fatigue plus qu’elle ne guide et surtout, elle donne l’impression permanente de ne jamais être “juste”.
Pourquoi la résilience est-elle devenue une injonction pour les femmes ?
Dans la vie comme dans l’entrepreneuriat, la résilience est souvent glorifiée. On admire celles qui tiennent bon. Celles qui traversent les crises. Celles qui encaissent les coups du marché, des clients, des imprévus. Celles qui continuent, quoi qu’il arrive. Celles qui, parfois, se font rouler dessus par des 15 tonnes, mais continuent à fonctionner. Mais la question qu’on ne pose pas assez, c’est : quel autre choix ont-elles ?
Parce que cette résilience permanente n’est pas neutre. Elle cache aussi autre chose. Elle permet d’occulter les problèmes de fond. Les déséquilibres. Les inégalités. Le système lui-même.
À force de glorifier la résilience, on finit par effacer une réalité simple : tout le monde ne part pas du même endroit. Certaines doivent être résilientes parce qu’elles cumulent les charges, parce qu’elles n’ont pas les mêmes réseaux, pas les mêmes sécurités, pas les mêmes marges d’erreur. Et à force de transformer cette contrainte en qualité, on déplace le problème. On ne le règle pas. On le rend acceptable. Comme si tenir bon suffisait à rendre les choses justes. Mais en fait, on n’a pas besoin d’être héroïque pour vivre…
L’ambition des femmes est-elle vraiment reconnue à sa juste valeur ?
Les femmes que je rencontre sont ambitieuses. Très. Elles créent des entreprises, portent des projets, prennent des risques, dirigent, inventent, construisent…
Mais cette ambition ne ressemble pas toujours au modèle dominant. Parce qu’en parallèle de cette ambition, il y a souvent autre chose : une fatigue profonde.
Pas une fatigue liée à un manque de vision ni à un manque de direction, mais une fatigue liée au fait que leur ambition ne rentre pas dans les codes valorisés.
Une ambition plus large que la performance et la croissance
Dans l’entrepreneuriat, l’ambition est souvent réduite à des critères simples : croître, gagner, conquérir, scaler.
Mais l’ambition de beaucoup de femmes est plus vaste…
Elles veulent réussir, oui. Mais elles veulent aussi que leur travail ait du sens. Que leur entreprise reste humaine. Que leurs relations tiennent. Que leur santé ne s’effondre pas en chemin. Que leur réussite ne se construise pas au prix de leur vie.
Autrement dit : leur ambition ne se limite pas à réussir. Elle inclut la manière dont elles réussissent… Et ça change tout.
Une ambition qui demande plus de courage que de performance
Dans un système pensé autour de la performance et de la croissance, cette ambition-là demande plus de lucidité, plus de travail intérieur et plus de courage aussi.
Parce qu’elle oblige à arbitrer autrement. À ralentir parfois. À refuser certaines normes. À sortir des modèles dominants. Une ambition qui veut réussir sans écraser, construire sans s’épuiser, avancer sans se trahir… c’est un sacré projet !
Ce que révèle l’accompagnement des femmes sur les mécanismes du système
Depuis 16 ans, j’accompagne des femmes enfermées dans des relations d’emprise. Des femmes brillantes, sensibles, puissantes, drôles. Et pourtant, quelque chose dans leurs relations les amenait à se réduire, à douter et à se perdre.
Au début, je regardais ça à l’échelle individuelle. L’histoire personnelle, le couple, la dynamique. Et puis, à force d’écouter, d’accompagner et d’observer… J’ai commencé à voir autre chose.
Les mêmes mécanismes, les mêmes réflexes, les mêmes schémas qui se répètent. Inlassablement. La difficulté à poser des limites. La tendance à se remettre en question avant de remettre en question l’autre. Cette capacité à comprendre, à s’adapter… Parfois jusqu’à disparaître soi-même.
Un terrain qui valorise l’adaptation plus que la puissance
Ce n’était pas “juste” des histoires personnelles. C’était bien plus large. Et surtout, ce n’était pas anodin. Parce que ces femmes n’étaient pas faibles. Elles étaient puissantes, mais elles avaient appris à utiliser leur puissance pour s’ajuster.
Petit à petit, une évidence s’est imposée : le problème n’était pas uniquement ce qu’elles vivaient. Le problème, c’était le terrain sur lequel elles avaient appris à évoluer. Un terrain qui valorise l’adaptation, la capacité à encaisser, la finesse relationnelle, mais qui laisse très peu de place à une puissance qui tranche, qui décide, qui dirige. Et aujourd’hui, je le vois partout. Chez les femmes entrepreneures aussi.
Une répétition des mêmes mécanismes dans l’entrepreneuriat
Elles savent. Elles ont construit. Avancé. Réussi. Et pourtant, à certains endroits clés, elles continuent à s’ajuster. À temporiser. À porter plus que nécessaire. À faire des efforts inutiles. À se contraindre.
Pas par manque de compétence. Mais parce qu’on ne leur a jamais vraiment donné d’autre option…
Et si le problème n’était pas les femmes, mais le système ?
C’est là que mon why s’est (ré)imposé.
Je ne fais pas ce métier pour aider les femmes à mieux s’adapter. Je le fais pour contribuer à ce qu’elles arrêtent de se réduire pour que ça tienne. À ce qu’elles prennent leur place autrement. À ce qu’elles osent. Pas seules contre le monde, mais suffisamment nombreuses pour que les règles commencent à changer.
Parce que chaque fois qu’une femme arrête de s’ajuster là où elle pourrait décider, ce n’est pas un petit mouvement. C’est une ligne qui bouge. Pour elle. Pour son business. Et pour toutes les autres !
En conclusion…
Tu n’as pas à porter le poids d’un système qui t’a conditionnée à t’excuser d’exister.
Tu peux créer les codes d’un entrepreneuriat qui te ressemble, où tu te sens bien, à ta place et légitime.
Ce n’est pas à toi de t’adapter au système. C’est au système de s’adapter à toi.
Et si tu sens que tu as besoin d’un coup de pouce pour avancer dans ce sens, on peut en parler ❤️
