Entrepreneuriat, Féminisme

En toute humilité » | Pourquoi cette phrase nous fait-elle nous minimiser ?

Arrêtez de dire « en toute humilité » !

Dire « en toute humilité » avant de parler de soi semble anodin. Presque poli. Comme une précaution pour ne pas déranger. Et pourtant, cette expression cristallise quelque chose de beaucoup plus profond, notamment chez les femmes : une difficulté persistante à reconnaître ouvertement ses qualités, ses compétences et sa solidité sans s’excuser.

Depuis des années, on nous encourage à travailler sur l’estime de soi, à prendre confiance, à reconnaître notre valeur. Mais dès que cette confiance devient visible, il faudrait la tempérer, l’envelopper, la rendre acceptable. Comme si affirmer « je suis compétente » était déjà un peu trop.

« En toute humilité » : une fausse modestie très répandue

Cette formule apparaît souvent juste avant une affirmation positive sur soi-même. « En toute humilité, je pense être plutôt bonne dans ce domaine. » Comme si l’on devait prévenir, rassurer, s’excuser presque.

Mais à quoi sert réellement cette phrase ?

À éviter de paraître prétentieuse ? À signaler qu’on va parler de soi ? À se protéger d’un jugement extérieur ?

Sous couvert d’humilité, elle joue surtout un rôle de minimisation. Elle vient raboter ce qui a demandé du travail, de l’endurance, parfois de la réparation. Elle agit comme un réflexe conditionné plus que comme un choix conscient.

Estime de soi et conditionnement social

Dire du bien de soi n’est pas un exercice de vanité. Ce n’est pas se raconter des histoires. C’est reconnaître ce qui est là : les compétences acquises, les expériences traversées, les apprentissages intégrés, les épreuves surmontées.

Et tout cela a un coût. Rien de tout cela n’est tombé du ciel.

Pourtant, beaucoup de femmes ont appris très tôt que prendre trop de place était risqué. Que l’assurance devait rester discrète. Que la reconnaissance de soi devait passer par des détours, des précautions et des “formules adoucissantes”.

Dans ce contexte, « en toute humilité » ressemble moins à une vertu qu’à une trace de ce conditionnement.

Pourquoi les femmes s’excusent-elles encore de leurs compétences ?

Cette retenue n’est pas répartie au hasard. Elle est particulièrement attendue chez les femmes. On tolère plus facilement leur compétence lorsqu’elle est présentée avec modestie, voire avec un léger effacement.

Affirmer clairement ses qualités, sans les tempérer, peut provoquer un malaise chez les autres, mais aussi en soi. Un petit vertige. Comme si enlever « en toute humilité » revenait à se tenir nue dans la phrase.

Ce malaise est révélateur. Il montre à quel point nous avons été habituées à nous adapter aux attentes, parfois au détriment de notre propre vérité.

Apprendre à dire les choses sans s’excuser

Essayer autre chose, c’est accepter cet inconfort passager. Dire les choses sans se protéger avec des mots. Sans s’excuser d’avoir grandi. Sans faire semblant de ne pas voir ce que l’on est devenue.

Cela ne signifie pas écraser les autres, ni se placer au-dessus. Il ne s’agit pas d’arrogance, mais de justesse.

Reconnaître ses qualités, ses compétences, ses atouts, c’est honorer le chemin parcouru. C’est se rappeler d’où l’on vient, ce que l’on a traversé et le travail que cela a demandé.

Redéfinir l’humilité

Peut-être est-il temps de redéfinir ce que l’on appelle l’humilité. Non pas comme une posture de retrait, mais comme une capacité à se regarder objectivement. À ne ni se surestimer, ni se diminuer.

Être humble, ce n’est pas nier ce qui est là. C’est pouvoir dire : « je suis solide sur certains sujets » sans ajouter de clause de non-responsabilité.

Parler depuis un endroit plus vrai, plus juste envers soi-même, c’est aussi refuser d’être constamment arrangeante avec ce que la société attend.

Et si on arrêtait de se minimiser ?

Regarder qui l’on est, reconnaître ses compétences, ses qualités, ses forces, sans les emballer dans des formules rassurantes, est un acte à la fois intime et politique.

Il ne s’agit pas de se convaincre. Il s’agit de constater.

C’est peut-être ça, finalement, une forme d’humilité plus mature : reconnaître objectivement ce que l’on est, et ne plus en être gênée.

Et si, la prochaine fois que tu parles de toi, tu essayais simplement de retirer « en toute humilité » ?

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